KMCabinet apprenantAlexandre Assor · Mémoire DEC

Le mémoirePartie II · ConstruireChapitre 1Section 1

Section 1

Les espaces de communication centralisés comme cœur du système

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Ouverture de la partie II

Où en est le système · 1 · Le cabinet et son besoin (établi) · 2 · Les règles et la gouvernance (conditions fixées en partie I, construites au chapitre 3) · 3 · La doctrine du cabinet et la mémoire des dossiers (chapitres 1 et 2) · 4 · L’actif et son flux (chapitre 3)

La première partie a précisé le problème : le cabinet produit une connaissance utile, mais la laisse attachée à la personne, au dossier ou à la conversation qui l’a fait naître. Il faut maintenant construire les moyens de la retrouver et de la transmettre sans demander au collaborateur de raconter une seconde fois son travail. Le point de départ est donc l’échange lui-même. Une demande doit pouvoir être reprise. La réponse apportée doit pouvoir enrichir ce que le cabinet sait de ce client et, lorsqu’elle dépasse son cas, servir à d’autres dossiers.

L’ISO 30401 fixe les exigences du système sans imposer de support. Le premier chapitre construit l’endroit où une demande entre, se précise et reçoit une réponse. Le deuxième montre comment cette matière devient une ressource utilisable par le cabinet ou une information durable dans le dossier. Le troisième organise leur entretien. Les douze étapes de la vie d’un actif, réunies à l’annexe 12, servent de repères à cette progression. Elles ne forment pas une procédure que chaque demande devrait parcourir entièrement : répondre au client, mettre à jour son dossier et publier pour le cabinet obéissent à des décisions différentes.

Le système répond aux sept difficultés et aux vingt-deux exigences du cahier des charges de la partie I, en intégrant la capitalisation au travail courant. Chaque chapitre annonce en tête les exigences qu’il construit. La reprise sans redemander au client (E7) et les mesures fixées avant de construire (E22) trouvent leur réponse en partie III.

Ces trois chapitres suivent les étapes centrales de la feuille de route : trier les échanges, construire une première ressource, la faire servir dans le dossier et organiser sa revue. L’annexe 10 donne les jalons et les décisions qui permettent au cabinet de conduire ce premier cycle.

La méthode reste indépendante du support choisi. BA-Pilot est l’application construite pour l’expérimenter. Un autre cabinet peut reprendre les mêmes mécanismes dans ses outils habituels, dès lors que les responsabilités, les états et les règles de décision demeurent identifiables. L’annexe 3 présente l’architecture de l’application, l’annexe 12 rassemble le système sous une forme indépendante du logiciel.

Les réglages des assistants sont réunis dans deux annexes : l’annexe 13 décrit les fonctions confiées et l’annexe 24 détaille la consigne de clôture ainsi que les écarts avec la version locale examinée.

Ouverture du chapitre 1

Où en est le système · niveau 3 · La doctrine du cabinet et la mémoire des dossiers · la vie d’un actif, étapes 1 à 5 : le signal, la recherche dans l’existant, la collectivité, l’orientation par le référent, la clôture

Le cabinet peut répondre correctement au client sans conserver les éléments qui permettraient de réutiliser ou de revoir cette réponse. L’envoi ferme l’urgence. Le système doit encore préserver la question, les sources, les réserves et la personne qui a décidé. Ce chapitre construit six exigences du cahier des charges : une demande suivie (E1), la réponse au client sans validation supplémentaire (E2), ce que le cabinet sait déjà, présenté avant toute réponse (E3), le tri de ce qui monte (E8), le débat distinct de la réponse (E10) et l’assistant qui propose sans signer (E19).

Nonaka et Konno emploient le terme japonais ba pour désigner le contexte partagé dans lequel les personnes donnent ensemble du sens à une situation.1 Le ticket donne un support à ce contexte et conserve la demande jusqu’à son issue. Les quatre portes d’entrée qualifient ensuite ce qui arrive. L’intelligence artificielle recherche, rapproche et prépare. Les praticiens décident.

ISO 30401 · 4.4.3 a et b, 7.5.2Interaction, représentation, information documentéece que le cabinet construit

Les échanges demeurent répartis entre le courriel, le téléphone, la visioconférence et les outils du cabinet. Le système ne prétend pas les réunir dans un canal unique. Il centralise ce qui doit survivre à leur dispersion : la demande, son dossier, la personne chargée de l’instruire, les éléments utiles, les désaccords et la décision finale.

Paragraphe 1Le ticket conserve la demande jusqu’à son issue

Visiter Méridien · Le relais de Noria

Le ticket est l’enregistrement suivi d’une demande. Il conserve la formulation d’origine, le demandeur, le dossier concerné et le responsable. Il conserve aussi les échanges nécessaires et l’issue. Une échéance précise le délai lorsqu’il importe au traitement. Il répond ainsi au besoin de continuité établi en partie I. Le collègue qui reprend la demande doit voir ce qui a été demandé, ce qui a déjà été vérifié et ce qui reste à faire. Cette fonction rejoint celle des fiches de suivi des services d’assistance2 et le principe de la connaissance centrée sur le service : conserver l’information pendant la résolution, sans la reconstituer après coup.3

Le passage du courriel au ticket exige un rattachement au dossier et un responsable. L’application peut les proposer en reconnaissant l’expéditeur dans l’annuaire. La personne confirme la prise en charge ou classe le message. Dans BA-Pilot, le ticket se travaille dans l’espace Relais. Le courriel source y reste accessible : le collaborateur ajoute sa question ou son analyse, sans recopier le message que son manager peut déjà lire. Solliciter ce dernier ne lui transfère pas nécessairement le ticket. Le collaborateur en reste responsable pendant que le manager l’aide à instruire ou à décider. La figure 9 montre ce passage du courriel à la demande suivie.

Figure 9 – Le courriel devient un ticket quand une personne le rattache à un dossier.

La clôture constate l’issue de la demande : une solution a été apportée, les réserves sont connues et les suites de production sont attribuées. Elle n’attend pas que le cabinet ait rédigé et publié une ressource commune. Une demande résolue peut encore contenir un enseignement à examiner. Elle peut aussi rester incomplète pour la capitalisation, quand l’issue n’a pas été écrite ou que les sources manquent. Cette lacune reste visible. À l’inverse, le classement « sans suite » reste possible et motivé. Tout échange n’a pas vocation à devenir une publication.

Paragraphe 2Une clôture, trois destinations possibles

Les échanges du ticket conservent les pièces et les raisonnements nécessaires à l’instruction. Leur nature doit rester identifiable. Un message du client constitue une déclaration. Une pièce peut établir un fait. Une analyse du collaborateur demeure une interprétation tant qu’elle n’a pas été confirmée. Une proposition d’assistant n’est jamais une décision.

À la clôture, trois destinations sont possibles. Le contenu reste dans le ticket s’il sert seulement à comprendre son traitement. Il alimente le dossier vivant lorsqu’il révèle un fait, une organisation ou une décision propre au client. Le dossier vivant est le dossier permanent complété par les faits, les décisions, les sources et les périodes qui permettent de comprendre la situation du client. Il ouvre une proposition pour le cabinet lorsque la solution peut servir ailleurs. Ces destinations se combinent : un même échange peut préciser qui prépare une pièce chez le client et faire naître une méthode de contrôle commune. La méthode pourra prendre la forme d’une question-réponse, d’un tuto, d’une liste de contrôle, d’une compétence ou d’un enrichissement de l’existant. Ce choix et la rédaction qui suit appartiennent au travail de capitalisation.

La distinction reprend celle qu’Ourouk établit entre la collaboration, liée à l’action en cours, et la capitalisation, qui rend un enseignement réutilisable après cette action.4 Le ticket porte la collaboration. Les ressources du chapitre 2 portent la capitalisation. La clôture organise le passage entre les deux.

Paragraphe 3L’espace de questions-réponses prépare la doctrine du cabinet

Une difficulté qui dépasse un dossier peut être adressée à l’espace de questions-réponses. Elle peut venir d’un ticket, d’un collaborateur qui ne trouve aucune ressource suffisante ou d’un désaccord entre deux pratiques. L’espace conserve la question, les faits nécessaires à sa compréhension, les sources citées, les réponses proposées et les objections. Le nom du client n’y a pas sa place quand les éléments ont été correctement détachés du dossier.

Cet espace n’est pas la doctrine du cabinet. Il est le lieu d’instruction d’une question bornée. La collectivité éclaire la décision. Elle ne l’assume pas. Le référent du domaine examine les contributions, fixe la portée de la réponse et peut décider de ne pas créer de réponse commune. Quand une réponse est retenue, elle devient un contenu « Doctrine du cabinet ». Le mémoire appelle position du cabinet cette lecture professionnelle d’une question, sourcée et assumée dans un périmètre déterminé. Elle porte un signataire, une version, ses sources, ses conditions d’application et sa prochaine échéance de révision. Cette attribution répond à l’exigence de la norme selon laquelle les responsabilités et les autorités pertinentes doivent être connues.5

La décision revient dans le ticket qui a fait apparaître la question, et l’assistant documentaliste la cite quand une question analogue survient. Une réponse non décidée demeure dans l’espace de discussion. Elle ne doit jamais être présentée comme une position du cabinet.

Paragraphe 4Le groupe de travail s’organise comme une communauté de pratique

Une question bornée peut être instruite dans l’espace de questions-réponses. Une difficulté récurrente, qui oblige plusieurs praticiens à comparer leurs dossiers et leurs manières de faire, appelle un travail plus continu. Le cabinet constitue alors un groupe de travail sectoriel. Ce groupe s’organise selon les principes d’une communauté de pratique quand il réunit un domaine partagé, des échanges réguliers et un répertoire commun. Wenger caractérise cette forme collective par un engagement mutuel, une entreprise commune et un répertoire partagé.6

Dans BA-Pilot, l’espace porte le nom de Communauté. La qualification ne dépend pas du nom de l’écran. Un groupe créé pour une seule réunion demeure un atelier. Il devient une communauté de pratique quand ses membres confrontent plusieurs cas, produisent des ressources communes et reviennent sur leurs décisions. L’annexe 15 propose le cadre de lancement, les rôles, le premier objet de travail et les critères de continuité.

Le groupe de travail instruit, le référent décide. Le groupe peut préparer un contenu de doctrine, enrichir une compétence cabinet, proposer une liste de contrôle ou conclure qu’aucune formalisation supplémentaire n’est nécessaire. Les objections et les cas limites restent associés à la proposition, pour que le signataire connaisse ce qui a été écarté. L’espace de questions-réponses traite une question déterminée. Le groupe de travail construit et entretient un répertoire sur un domaine.


  1. NONAKA Ikujiro et KONNO Noboru, « The Concept of “Ba” », California Management Review, vol. 40, n° 3, p. 40‑54, 1998, p. 40‑47.↩︎

  2. JOHNSON Dale S., RFC 1297, 1992, p. 2.↩︎

  3. CONSORTIUM FOR SERVICE INNOVATION, KCS v6 Practices Guide (Knowledge-Centered Service), 2016, technique 1.1.↩︎

  4. OUROUK, Renouveler le regard sur le knowledge management, 2023, p. 58‑61.↩︎

  5. ORGANISATION INTERNATIONALE DE NORMALISATION, ISO 30401:2018, Systèmes de management des connaissances, 2018, p. 9.↩︎

  6. WENGER Etienne, Communities of Practice, 1998.↩︎

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